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Organiser un brunch

Que mange-t-on vraiment au petit déjeuner en Espagne ?

Le petit déjeuner espagnol est léger, rapide et pris au bar. La tostada con tomate, le vrai rôle des churros, les deux petits déjeuners de la matinée et le vocabulaire du café.

Tranches de pain grillé couvertes de tomate râpée et d'huile d'olive

Photo par Juan Emilio Prades Bel via Wikimedia Commons (CC BY 4.0)

En bref :

  1. Le petit déjeuner espagnol courant, c’est un café et une tostada, pris au bar en dix minutes.
  2. Les churros ne sont pas quotidiens : c’est un petit déjeuner de week-end ou de fête.
  3. La tomate de la tostada se râpe, elle ne se coupe pas.
  4. Il y a deux petits déjeuners : le desayuno à 8 h et l’almuerzo vers 11 h.

Le petit déjeuner espagnol est largement mal représenté hors d’Espagne, où il se résume souvent aux churros. La réalité quotidienne est beaucoup plus simple, beaucoup plus rapide, et elle se passe presque toujours hors de chez soi.

Ce qu’il est vraiment : léger et au comptoir

Le petit déjeuner espagnol ordinaire tient en deux éléments : un café et quelque chose sur du pain. Il ne comporte ni œufs, ni charcuterie en quantité, ni assortiment sucré.

Il se prend en grande majorité au bar, pas à la maison. Le bar de quartier espagnol ouvre tôt, sert au comptoir, et voit passer la même clientèle chaque matin. Le repas dure dix minutes, debout ou sur un tabouret, souvent le journal à côté.

C’est une différence structurelle avec le brunch, qui est un repas long et assis, comme le rappelle la définition du brunch et ses horaires. Le desayuno espagnol est l’exact opposé : court, fonctionnel, et bon marché.

La tostada con tomate, le plat central

C’est le petit déjeuner le plus répandu en Andalousie, à Madrid et dans la plus grande partie du pays.

Le pain. Une tranche épaisse de pain de campagne, ou un demi mollete dans la région d’Antequera, grillée jusqu’à être dorée mais pas sèche.

La tomate. C’est le geste qui compte. On coupe une tomate bien mûre en deux et on la frotte sur une râpe à gros trous, côté chair. La peau reste dans la main, la pulpe tombe râpée, liquide et sans morceaux. Cette pulpe pénètre la mie au lieu de glisser dessus, ce qu’une tomate coupée en rondelles ne fait jamais.

L’huile d’olive. Vierge extra, généreusement, versée après la tomate. En Espagne, elle est servie en burette sur le comptoir et chacun se sert.

Le sel. En dernier, et pas avant : salée trop tôt, la tomate rend son eau et détrempe le pain.

Les variantes courantes ajoutent du jambon serrano au-dessus, ou remplacent la tomate par du manteca colorá, un saindoux au paprika typique de Séville.

Les vraies variantes régionales

RégionSpécialité du matinCe que c’est
AndalousieTostada con tomate, pan de aceitePain grillé, tomate râpée, huile d’olive
Pays basque et NavarrePincho de tortillaUne part d’omelette aux pommes de terre, froide ou tiède
CatalognePa amb tomàquetLa même logique, la tomate frottée plutôt que râpée
MadridPorras con chocolateVersion épaisse des churros, le week-end
GalicePan de maíz et charcuteriePain de maïs dense, plus rustique

Le pincho de tortilla du nord mérite une mention particulière : une part de tortilla de patatas, servie à température ambiante sur une tranche de pain, est un petit déjeuner extrêmement courant à Bilbao ou Pampelune, et il n’a rien à voir avec le pain grillé du sud.

Les churros, remis à leur place

Les churros con chocolate existent bel et bien, mais leur usage est mal compris.

Ils se mangent le week-end, les jours de fête, et traditionnellement au petit matin en sortie de nuit. Dans les grandes villes, les churrerías historiques servent d’ailleurs jusqu’à l’aube.

Ce ne sont pas des beignets sucrés : la pâte à churros ne contient ni sucre ni œuf, seulement farine, eau et sel. Le sucre vient du saupoudrage et surtout du chocolat épais dans lequel on les trempe, qui est une boisson à part, beaucoup plus dense qu’un chocolat chaud français.

Les porras sont leur version large et moelleuse, plus répandues à Madrid ; les churros fins et croustillants dominent ailleurs.

Le vocabulaire du café, utile au comptoir

Commander un café en Espagne demande un mot précis, sans quoi on obtient rarement ce qu’on attendait.

CommandeCe qu’on reçoit
Café soloUn expresso, seul
Café cortadoUn expresso avec un trait de lait chaud
Café con lecheMoitié expresso, moitié lait chaud, le plus courant le matin
Café bombónExpresso et lait concentré sucré, très sucré
CarajilloExpresso et alcool, pas un café du matin

Le café con leche est la commande du petit déjeuner par défaut. Il se sert dans un verre ou une petite tasse, rarement dans un grand bol.

Une précision qui surprend souvent : le café espagnol de bar est le plus souvent un torrefacto, torréfié avec une part de sucre qui caramélise sur le grain. Cela donne un café plus amer et plus corsé, et c’est une des raisons pour lesquelles il est presque toujours bu avec du lait. Les différences d’extraction et leur effet sur l’amertume sont détaillées dans café et brunch.

Les deux petits déjeuners de la matinée

C’est le point que l’on manque le plus souvent, et il explique tout le reste.

Le desayuno, vers 8 heures, est très léger : le café et la tostada décrits plus haut.

L’almuerzo, vers 11 heures, est le vrai repas du matin. Un bocadillo, sandwich de pain long garni de tortilla, de jambon ou de calamars, une part de tortilla, parfois une bière courte. Il se prend au bar, souvent entre collègues, et c’est une pause sociale autant qu’alimentaire.

Ce second créneau est ce qui permet au déjeuner espagnol de n’arriver qu’à 14 h 30 ou 15 heures sans que personne n’en souffre. Sans l’almuerzo, l’écart serait intenable.

Cette matinée en deux temps rapproche l’Espagne de la logique du brunch anglo-saxon, avec une différence de fond : les deux repas restent courts et séparés, là où le brunch en fusionne deux en un seul, long et assis. L’abondance simultanée d’un petit déjeuner turc en est l’exact contraire.

Le refaire chez soi

C’est l’un des petits déjeuners les plus faciles à reproduire, parce qu’il ne demande aucune technique et trois ingrédients.

Une tomate bien mûre, du pain de campagne, une bonne huile d’olive. Le seul vrai critère est la qualité de l’huile : c’est elle qui porte tout le goût, et une huile ordinaire donne une tostada plate. Compter environ 0,80 euro par personne.

À dresser sur un plateau de petit déjeuner, la tostada tient mal : elle se détrempe en quelques minutes. Elle se prépare et se sert immédiatement, ce qui est exactement sa logique d’origine.